Maison de la zakât / Bayt al-Zakât (BAZ)

 

L’action sociale, en particulier l’amélioration des conditions de vie des citoyens, est l’un des buts prioritaires de la Fondation Waqf de Belgique.

C’est pour cette raison qu’il nous semble pertinent et même urgent de créer un organisme qui aura la tâche de récolter l’aumône légale purificatrice (Zakât) des citoyens musulmans et de la redistribuer équitablement aux bénéficiaires légitimes mentionnés dans le texte coranique. Pour rappel, la Zakât, qui est le troisième pilier de l’islam, est à la fois une obligation financière en faveur des plus démunis, un acte d’adoration et un droit divin. La Zakât tout comme le Waqf ont une importance capitale dans la répartition des richesses, dans l’éradication de la pauvreté et dans la promotion du développement économique.

Dans le terme Zakât, il y a, littéralement, l’idée de purification. C’est donc une taxe, un impôt qui a une fonction sociale, puisqu’elle est d’abord directement orientée vers le soutien des plus fragiles de la société, et une fonction spirituelle qui est de purifier les richesses comme la prière purifie l’être et le jeûne purifie le corps. Bien plus qu’une simple donation, la Zakât fait prendre conscience à l’homme qu’il est un membre solidaire de la société.

Pour attirer l’attention sur la haute importance de la Zakât, le Législateur (Dieu), à travers le texte coranique, associe dans la plupart des cas les versets exhortant à s’acquitter de la Zakât à la pratique de la prière. Voici trois exemples de ces versets :

« Et accomplissez la Salât (prière), et acquittez la Zakât et inclinez-vous avec ceux qui s’inclinent. »
(sourate 2, verset 43).
« Et accomplissez la Salât, et acquittez la Zakât, et tout ce que vous avancez de bien pour vous-mêmes, vous le trouverez auprès d’Allah, car Allah voit parfaitement ce que vous faites. »
(sourate 2, verset 110)
« Appréhendez-vous de faire précéder d’aumônes votre entretien ? Mais, si vous ne l’avez pas fait et qu’Allah a accueilli votre repentir, alors accomplissez la Salât, acquittez la Zakât, et obéissez à Allah et à Son messager. Allah est parfaitement connaisseur de ce que vous faites. »
(sourate 58, verset 13)

La Zakât est de deux sortes : la Zakât Al-Fitr, qui est donnée à la fin du jeûne du mois de Ramadan pour purifier son jeûne et la Zakât Al-Mâl qui consiste, quant à elle, à purifier ses avoirs en s’acquittant annuellement d’un pourcentage de ses richesses. Dans les deux cas, la Zakât doit être distribuée à un ou plusieurs des huit bénéficiaires mentionnés clairement dans le verset 60 de la sourate 9 

« Les aumônes (Zakâts) ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner, l’affranchissement des jougs (détenus), ceux qui sont lourdement endettés, ceux qui œuvrent dans le sentier d’Allah, et pour le voyageur (en détresse). C’est un décret d’Allah ! Et Allah est Omniscient et Sage. ».

Notons que les biens soumis à la Zakât Al Mâl sont ceux dont le musulman ne fait pas usage au quotidien, c’est-à-dire ceux qui sont thésaurisés et ont une valeur marchande qui a tendance à augmenter, à savoir les métaux comme l’or et l’argent (il existe une divergence en ce qui concerne les pierres précieuses), les espèces et liquidités (monnaies fiduciaires), les marchandises en général et les produits agricoles et animaliers destinés au commerce.

Plus concrètement, concernant l’exemple de la monnaie fiduciaire : tout musulman pubère et responsable dont la richesse dépasse le seuil minimum de richesse nécessaire pour vivre (le Nissâb), doit sortir chaque année hégirienne (al-hawl) 2,5 % du montant total de sa richesse pour la donner sans contrepartie à l’un ou plusieurs des bénéficiaires mentionnés dans le verset 60 de la sourate 9 cité plus haut.

Notons que la somme destinée à la Zakât peut être donnée soit directement, de main à main, par le contribuable aux ayants droit, soit elle peut être confiée à une institution spécialisée (Bayt Al Zakât) qui se chargera elle-même de la distribuer équitablement aux ayants droit, à l’instar de ce qui se faisait dans les premiers temps de l’Islam.

Aujourd’hui, dans notre contexte belge, il n’existe pas d’organe central chargé de récolter et distribuer la Zakât. Les citoyens belges de confession musulmane se débrouillent comme ils peuvent pour trouver des personnes rentrant dans le cadre des huit catégories des ayants droit afin de s’acquitter de cette dette, ou pour s’éviter cette lourde charge, qui peut effectivement s’avérer fastidieuse, ils délèguent cette responsabilité aux mosquées et associations islamiques locales. Ces deux manières de faire, bien que tout à fait légitimes et honorables, ne permettent cependant pas de soutenir d’une manière efficiente et continue les bénéficiaires de la Zakât et les projets d’envergure pouvant contribuer à pérenniser les ressources de la Zakât et ainsi permettre à plus de personnes d’en bénéficier.

C’est donc à partir de ce constat que la Fondation Waqf de Belgique s’est donné l’ambition d’édifier un organisme central spécialisé dans la gestion générale de la Zakât. Une telle institution en Belgique, que nous avons décidé de nommer « la Maison de la Zakât – Bayt Al-Zakât », en plus de faciliter la tâche aux citoyens de confession musulmane, puisqu’elle les déchargera du souci de rechercher des personnes pouvant bénéficier de la Zakât, s’occupera également de la canaliser vers des emplois (projets) judicieux et des personnes répondant réellement aux conditions d’octroi, tout en respectant le choix du contribuable quant à la destination qu’il aura choisie pour sa Zakât. Un vrai travail d’enquête et de recensement devra ainsi être réalisé par la Maison de la Zakât, qui devra par ailleurs accueillir, vérifier et lister toutes les demandes des personnes nécessiteuses qui viendront à elle. D’autre part, elle aura la responsabilité de chercher activement les personnes dans le besoin qui n’en font pas nécessairement la demande.

La Maison de la Zakât devra également, pour mener à bien sa mission, se doter d’une base de données contenant les coordonnées des personnes contribuables de la Zakât et une autre contenant celles des bénéficiaires. L’objectif de la première permettra d’une part de les informer des actions menées par la Maison de la Zakât, leur rappeler chaque année de sortir leur Zakât avant la date d’échéance, et leur offrir, principalement aux commerçants, un service de calcul pour déduire la Zakât al-Mâl de leur richesse. Á ce propos, nous envisageons une collaboration particulière avec les comptables et experts-comptables intéressés, notamment en leur offrant une formation certificative dans le domaine du calcul de la Zakât.

En ce qui concerne la seconde, celle des bénéficiaires, elle sera utile d’une part pour les informer de leur droit à bénéficier de la Zakât et d’autre part pour faciliter le suivi de leur situation en vue de les aider davantage, si cela est nécessaire, afin de les sortir définitivement de la précarité. Soulignons que l’objectif de la Zakât est avant tout de permettre aux personnes démunies de retrouver une vie normale afin de pouvoir vivre dignement et participer à leur tour à la solidarité sociale, notamment à travers l’acquittement de la Zakât. Pour ce faire, il est fondamental que l’accompagnement de ces personnes fragiles se fasse à tous les niveaux : social, psychologique, financier, etc. D’où l’importance d’articuler le projet de la Maison de la Zakât avec les autres projets initiés par la Fondation Waqf de Belgique.

Comment financer le projet de la Maison de la Zakât (Bayt Al-Zakât) et son fonctionnement à long terme ?

 

En effet, il nous semble utile de préciser ici par quels moyens l’organisme de gestion de la Zakât peut être financé.

À ce sujet, tant pour l’édification du projet en tant que tel, qui nécessitera des locaux et du matériel, notamment des bureaux, que pour les moyens humains dont aura besoin l’institution pour fonctionner à long terme, le financement peut provenir d’une part de dons (Sadaqah générale), de fonds Waqf monétaires, mobiliers ou immobiliers et d’autre part à partir de la Zakât Al-Mâl même. En effet, parmi les ayants droit cités dans le verset 60 de la sourate 9 il y a « ceux qui y travaillent », c’est-à-dire, les personnes chargées de récolter et redistribuer la Zakât, même si ces derniers ne rentrent pas nécessairement dans la catégories des pauvres. Autrement dit, les employés de la Maison de la Zakât affectés à cette tâche peuvent être rémunérés équitablement en fonction du travail fourni à partir des revenus issus du fonds Zakât.

Plus concrètement, sachant que, selon l’avis majoritaire des savants, le contribuable peut choisir de donner sa Zakât à l’une ou plusieurs des huit catégories des ayants droit, il peut tout à fait décider d’affecter celle-ci dans son intégralité à la catégorie « des personnes qui y travaillent », tout comme il peut la répartir équitablement sur l’ensemble des huit catégories. Dans ce second cas, 1/8ème de la Zakât reviendrait alors à la catégorie des « personnes qui y travaillent ».

Aussi, comme nous avons pu le constater, le verset désignant les huit catégories de bénéficiaires ne laisse paraître aucune ambiguïté qui pourrait laisser place à une quelconque interprétation. Cela dit, il faut souligner qu’il est tout à fait possible, selon les spécialistes du droit islamique, de canaliser vers des projets judicieux les ressources de la Zakât. En d’autres termes, il est permis pour l’organisme gestionnaire de la Zakât (Bayt Al Zakât) d’investir la partie excédentaire, c’est-à-dire celle qui reste après avoir effectué la distribution de la Zakât jusqu’à satisfaire les besoins essentiels et immédiats des bénéficiaires, dans des projets rentables pouvant à terme servir aux bénéficiaires de la Zakât. Pour reprendre les mots exacts du Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique, réuni en sa troisième session à Amman (Jordanie) en 1986 : « Il est permis, en principe, d’investir les fonds provenant de la Zakat dans des projets d’investissement aboutissant à l’acquisition de la Zakat par les ayants droit ou qui dépendent de l’autorité chariatique responsable de la collecte et de la distribution de la Zakat. Ceci ne doit être réalisé qu’après satisfaction des besoins primordiaux et immédiats des ayants droit et avec des garanties suffisantes contre les risques de perte. »

Autrement dit, l’excédent du fonds Zakât peut également servir à financer tout ou partie du projet de la Maison de la Zakât (Bayt Al-Zakât) ainsi que d’autres projets de bienfaisances initiés ou soutenus par la Fondation Waqf de Belgique, dès lors que les missions de ces derniers sont assimilables aux huit catégories de bénéficiaires. Par exemple, les projets ayant comme mission d’œuvrer pour la propagation du savoir islamique et du message coranique peuvent être assimilés à la catégorie de ceux qui sont « dans le sentier de Dieu » ainsi qu’à la catégorie de « ceux dont les cœurs sont à gagner » lorsque les enseignements islamiques visent les nouveaux convertis ou ceux qui sont en voie de l’être.

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